Il est utile de rappeler que la consommation de gaz en France en 2023 représente 390 Twh (445 Twh pour l’électricité). Malgré une baisse importante en Europe en lien avec la crise énergétique, le gaz garde aujourd’hui encore une place importante dans la consommation énergétique mondiale. Il représente près de 20 % en 2023.

Rappelons également que le gaz n’est pas uniquement synonyme de gaz fossile,  car il existe des gaz classés dans la catégorie des énergies renouvelables comme les gaz verts. Également appelé biométhane, le gaz vert est une énergie renouvelable produite par méthanisation, à partir du traitement de déchets organiques et résidus agricoles, de biodéchets issus de l’industrie agro-alimentaire et restauration collective, ainsi que des boues de stations d’épuration. Le gaz renouvelable peut aussi être produit à partir d’autres procédés comme le « power to gaz » et la gazéification hydrothermale(1). Ces gaz peuvent,   dans un contexte géopolitique complexe, permettre à la France d’accroître son indépendance énergétique et améliorer sa balance commerciale. Par ailleurs, une réflexion doit être poussée sur le développement de l’hydrogène blanc au risque de voir d’autres pays développer une filière industrielle au détriment de la France comme c’est le cas pour les panneaux photovoltaïques ou bien l’éolien où on assiste impuissant à la fermeture d’usine comme Systovi en Loire-Atlantique ou bientôt Photowatt en Isère.    

Enfin l’ammoniac vert peut jouer un rôle important si les filières se créent et les infrastructures permettent son développement. Techniquement, son utilisation seule ou mélangée à l’hydrogène va permettre d’alimenter des centrales thermiques à cycle combiné gaz (CCG), puisque les principaux constructeurs de turbine gaz et de chaudières sont soit d’ores et déjà prêtes, soit en état avancé sur leur développement. Il est important de rappeler que le mix énergétique français était composé fin 2023 de 6,1 % d’électricité produite à partir du gaz naturel, donc utilisant les infrastructures gazières.

A cela toujours le même leitmotiv de nos amis capitalistes, les sous ! Les infrastructures gazières appartenant aux entreprises Terega et Engie, hors les réseaux de distribution urbains, il serait facile d’anticiper leur adaptation au vu des projections faites par les différents spécialistes sur la transition énergétique. Mais cela serait au détriment de nos chers actionnaires. La stratégie de distribution de dividendes, très généreuse d’Engie, laisse peu de possibilité aux Business Units (BU). Elles n’ont d’autres choix que de remonter à la maison mère l’intégralité de leur résultat. Et même lorsque la liquidité est absente, un jeu d’écriture comptable permet de récupérer quelques millions ici et là comme par exemple l’allongement de la durée de vie des colonnes montantes (CI-CM) de 45 à 100 ans réduisant le montant des provisions pour réintégrer dans les comptes de GRDF la modique somme de 750 millions d’euros…

C’est une question de répartition des richesses et de volonté politique. Engie a par deux fois relevé ses prévisions annuelles de résultat en 2024. Alors qu’en parallèle il n’y a pas de plan d’investissements supplémentaires dédiés à l’adaptation des infrastructures gazières et à l’accompagnement de ses salariés au travers de la formation ou le transfert de compétences par exemple.  

L’absence de volonté des entreprises est criante. Pour preuve, la négociation engagée avec Eurogas (1), pour une transition juste dans le secteur gazier n’a pas abouti. Plusieurs membres d’Eurogas ont refusé de signer l’accord sans donner les raisons de ce refus, privant ainsi de nombreux travailleurs européens d’un accord social engageant et accompagnant la transition du secteur gazier.

Les infrastructures gazières sont régulées. Leurs rémunérations sont déterminées par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) qui fixe leurs tarifs d’accès pour 4 ans. C’est donc une excellente source de revenu garantie pour Engie (environ 20 % de l’EBIT) qui s’en sert pour grossir la part des dividendes à distribuer au détriment des salariés. Tout cela avec l’aval de l’État puisqu’il est présent autour de la table du conseil d’administration et est favorable à la politique de distribution des dividendes d’Engie. Ce qui n’est pas surprenant puisque les caisses sont vides. Il faut trouver du cash ! Toutefois, ceci interroge à la fois la ligne directrice de l’État dans le portage et le développement du groupe et sa stratégie de pilotage de la transition énergétique.

La R&D n’en est pas moins touchée puisque là encore pour des questions de coût le projet de pyrogazéification appelé « Salamandre » sur le site industrialo-portuaire du Havre ne verra pas le jour. Engie évoque les coûts élevés liés au projet, mais aussi et surtout le manque de soutien financier, tant en France qu’en Europe. Mais à quoi servent tous ces cadeaux faits aux entreprises si elles ne fournissent pas l’effort nécessaire pour développer de nouvelles technologies.

On le sait, la transition énergétique a un coût qui peut être élevé et les entreprises du CAC 40 doivent y apporter leur contribution financière. Cela nécessite une autre politique qui doit être impulsée par les pouvoirs publics. 

La transition énergétique est nécessaire mais elle doit être juste et ne pas uniquement reposer sur des critères environnementaux. La prise en compte des impacts sociaux est aussi nécessaire. Nos camarades de GRDF en font les frais. L’anticipation et l’adaptation des moyens de production existants sont donc à prendre en compte.

Les infrastructures gazières sont nécessaires à la transition énergétique pour plusieurs raisons : 

  • Interconnexion des réseaux gaz et électrique,
  • Les gaz verts contribuent à la souveraineté énergétique,
  • Intégrer pleinement les infrastructures gazières permet de réduire le coût de la transition énergétique déjà très élevé pour certains de nos concitoyens,
  • Le gaz est parfois la seule énergie répondant aux besoins qu’ils soient particuliers ou industriels.  

Enfin le nombre d’entreprises aujourd’hui qui ont périclité du fait d’investissement lourd nécessaire à leur process de décarbonation est important et les signaux qui se multiplient dans la chimie, la sidérurgie doivent alerter l’état et les énergéticiens pour revoir la feuille de route abusive et sans réel impact sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans un contexte mondial où l’ensemble des grands pays industrialisés font des choix bien différents et où l’intensité carbone de la production d’électricité française est inférieure à l’Allemagne souvent citée en exemple.

En créant un service public de l’énergie avec une énergie nationalisée (mines, production d’électricité et gaz), nos entreprises, nos emplois, notre statut serait mis au centre d’un renouveau de l’industrie française avec une énergie décarbonée et abordable mis à l’abri des prédateurs capitalistes.

La Rédaction

(1) La gazéification regroupe des procédés intermédiaires entre la pyrolise et la combustion, permettant de transformer des matières carbonées ou organiques en un gaz de synthèse inflammable.

(2) EUROGAS est une association qui représente les entreprises du secteur gazier. Elle regroupe une centaine de membre dont ENGIE.